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La chasse bordel |
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Imaginez que vous êtes le mécano placé à l'arrière d'un de ces fragiles aéroplanes. Votre seule mission, reconnaître les lignes adverses. Le froid glace la buée de vos lunettes tachetées de l'huile noire d'un moteur qui hésite. Vous êtes frigorifié, mais peu importe, vous voilà presque en territoire ennemi. Devant vous s'ouvre un ciel sans horizon, Vous essuyez vos lunettes et découvrez au loin la silhouette inquietante d'un aéroplane énemi. "Bon sang un Boche !" . Le pilote engage la poursuite, mais la seule arme dont vous disposez à bord est ce foutu lance-fusée, qui vous permet de signaler les positions d'artillerie. Inutile d'espérer toucher une cible avec çà ! Vous enragez et jurez que l'on ne vous y reprendra plus ! Au prochain vol, vous aurez de quoi lui mettre un peu de plomb dans l'aile, à ce sale "Boch".
Dès lors, les équipages de "reco" vont s'équiper de pistolets, et carabines. Quelques escarmouches montreront vite, qu'il faut passer à autre chose. Les premières mitrailleuses font alors leurs apparitions, et avec elles les premières victoires. L'aéroplane évolue, les mitrailleuses aussi. Enfin, des escadrilles de mission "chasse" voient le jour. Les voltiges de ces premiers as marquent l'histoire, et plus que le bombardement c'est la chasse qui donnera toutes ses lettres de noblesse à l'aviation de combat. Des noms célèbres, des combats héroïques, certes. Mais on oublie toujours le travail des mécanos, qui, dans l'ombre de leurs hangars, sans relâche et sans idée de gloire, dépannent, entretiennent, améliorent, et arment, ces premiers avions de combat. Une tâche qui demande à chacun la maîtrise d'un art presque artisanal. Sachez donc que c'est aussi à ces hommes que l'on doit la gloire de bien des pilotes.
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Articles du dossier.
- Le passager armement.
- Les prototypes armés
- Les premières escarmouches.
- Les premières mitrailleuses.
- La Hotchkiss modèle 1914.
- La mitrailleuse synchronisée.
- Premières unités de chasse.
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Le passager armement. |
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En ce tout début de guerre, les avions étaient pour la plupart des biplaces. Un pilote (off) et un mécano "nav" (s/off) composaient les équipages de ces premiers aéroplanes. Si le pilote se "contentait" des manoeuvres et de l'orientation. Le mécano lui avait en charge tout le reste, l'observation, la photo, la signalisation, les bombes, la mitrailleuse, et même la mécanique, car il n'était pas rare d'atterrir pour un dépannage de fortune, ou pire, désenrayer cette foutue "pétoire", en plein combat aérien. Pour résumer, fallait pas comme moi, avoir deux mains gauches :). Ce sont ces mécanos mitrailleurs qui décrochent les premières victoires aériennes. Ces équipages formeront des duos presque inséparables. Unis dans les cieux, comme dans la mort, ils scelleront les liens qui unissent, pilotes et mécanos. Par la suite les améliorations techniques, la spécialisation des missions, la fiabilité du matériel va permettre de se passer du mécano "en vol". Le poids ainsi gagné sera transféré en charge dite "utile". (qu'est-ce que j'aime pas cette phrase). Ci-contre l'emplacement du "Passager armement", sur un Voisin, avion de "reco" français. [Source photo du haut]
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Les premières escarmouches. |
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En ce tout début de conflit, les premiers "combats" aériens se font sans "armes". Certains équipages avec les moyens du bord (grappin, lance-fusée, courage) contraignent l'avion adverse à faire demi-tour, voire même à atterrir. Mais rapidement, les équipages français embarquent pistolets et fusils. Le 15 août 1914, première escarmouche ! Une dépêche Reuters "tombe" : en un lieu indéterminé, un avion français a rencontré un avion allemand. Le pilote français aurait ouvert le feu avec un pistolet Browning. Le pilote allemand n'aurait pas riposté et aurait fui. Par la suite nos avions seront équipés de fusil-mitrailleur puis de véritables mitrailleuses sur bâti. C'est une Hotchkiss qui décroche la première victoire aérienne. Le 5 octobre 1914, Louis Quenault (mécano mitrailleur) abat un Avionik B II. Puis c'est la première mitrailleuse tirant au travers du champ d'une hélice renforcée, ce qui permet à Roland Garros, le 1er avril 1915, d'abattre son premier "Boche" (un Albatros). Dès lors, les victoires vont s'enchaîner, mais la chasse, (à proprement parlé) ne naîtra vraiment qu'avec l'arrivée des premiers avions spécialisés et équipés de la fameuse mitrailleuse synchronisée. Ci-contre le Nieuport 17 équipé d'une Vickers 8mm. Il est mis en service le 2 mai 1916, au sein de l'escadrille N-57. Et sa seule mission..."La chasse bordel ! "
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Les premières mitrailleuses d'aviation. |
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Les premières mitrailleuses d'aviation sont de simples modèles d'infanterie. Quelles soient légères ou lourdes, et malgré de petites modifications, elles ne sont pas vraiment fiables et peu adaptées aux contraintes de l'avion. Leur cadence de tir est encore modeste, autour de 500 cps/min, elles chauffent, et si cela ne suffisait pas les munitions sont parfois défectueuses. Alors, pas question avec ces engins de défourailler comme un malade, ou c'était l'enrayage assuré. Imaginez... il fait froid, y a du vent, du bruit, çà bouge dans tous les sens, on vous tire dessus, vous n'y voyez rien, et pour vous facilité tache, vous êtes fagoté comme un bibendom. Du coup, on réfléchit avant d'appuyer lourdement sur la détente :)
Voici donc quelques photos qui vous donneront un petit aperçu de ces premières mitrailleuses montées sur avion. Ci-contre une Lewis (Anglaise) à chargeur rotatif.
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A bord des premiers avions, ce sont des mécanos mitrailleurs qui ont la charge de l'armement. Mais atteindre une cible qui, comme vous vole à plus de 150 km/h, alors que vous subissez les mouvements d'un avion que vous ne pilotez pas, n'est pas chose aisée. Voici un petit exemple d'entraînement que suivaient ces mitrailleurs. Astucieux, mais encore très loin de la réalité. Bientot les progrès technologiques permettront de transférer cette charge au seul pilote à bord. De là naîtront les futurs as.
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Voici une Vickers 7,7mm "terre" (anglaise) entièrement démontée, avec tout son lot d'accessoires. Ça donne une bonne idée de la complexité de son mécanisme et de son entretien. C'est une arme à culasse calée, son principe de fonctionnement ressemble à celui du P.A Mac 50. Court recul du canon, long recul de la culasse. Une version "air" équipera de nombreux avions de chasse français. Ce modèle sera modifié pour tirer du calibre 11mm mais n'équipera que peu d'unités françaises.
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Ici, c'est une bande de cartouches 7,7 mm pour Vickers d'aviation. L'assemblage semble pouvoir se faire sans calibrage précis, et un épaulement remplace la gorge d'éjection de la plupart des cartouches actuelles. Par contre, j'aimerai bien jeter un oeuil sur le mécanisme qui désolidarise la cartouche de son maillon par l'arrière. Les maillons de la hotchkiss 8mm sont très différents, et ressemblent plus à ce qui se fait de nos jours.
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Les calibres 7,7 et 8 mm vont se montrer peu efficaces face à des cibles de plus en plus "lourdes". Il en existe pourtant divers types (ordinaires, incendiaires, traçants, perforants.) Mais les Français vont faire des essais avec du calibre 11mm qui se révélera bien plus efficace. Car les balles cumulent trois propriétés (perforantes, traçantes, incendiaires). Il sera utilisé sur des Vickers modifiées. Et équipera en série certains chasseurs Nieuport fin 1917.
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Qui veut une arme qui fonctionne bien, l'entretient avec soin. Et là faut bien reconnaître que si l'armement est en constante évolution, le nécessaire pour le nettoyage lui, est resté le même jusqu'à nos jours. Faut dire que tant que les armes auront un tube, l'écouvillon fera partie du kit. Ici celui d'une hotchkiss.
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La mitrailleuse synchronisée. |
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En France, l'idée de tirer au travers du champ d'une hélice, est étudiée par les constructeurs Saulnier et Nieuport dès 1913. Un brevet suisse existe même déjà, mais personne ne croit en une aviation de combat, et le projet tombe aux oubliettes. C'est donc en octobre 1914 que l'aviateur Roland Garros fait un essai de tir au travers d'un simple ventilateur, et s'aperçoit que peu de projectiles touchent les pales. Aussitôt, il imagine qu'il suffirait de dévier ces quelques balles, pour pouvoir tirer au travers de l'hélice. Lui et son mécano Jules Hue, fixent une hotchkiss 8mm sur le capot d'un Morane-Saulnier L, et fabriquent des renforts d'hélice. Ces "déviateurs" seront au point en mars 1915 et en avril, le dispositif lui permet de remporter plusieurs victoires consécutives. Hélas, il est abattu et fait prisonnier. Les Allemands vont étudier le dispositif et vont largement l'améliorer. Il faudra attendre avril 1916 pour qu'un Foker soit à son tour capturé. Le mécanisme de tir est copié, par les Français, puis installé sur de nombreux appareils alliés. Il s'agit d'un système de came, monté sur l'axe d'hélice, qui autorise ou interdit le tir. Inconvénient, la cadence de tir est modifiée par le régime moteur. Mais le système évolue et deviendra pneumatique, utilisant les gaz du moteur. Pour les armuriers le réglage de cette synchronisation était une opération extrêmement délicate, et devait être régulièrement vérifié, sous peine de "scier" ses propres pales. Il est facile pour nous pétaf, d'imaginer ces premiers armuriers, attendant le retour de l'avion dont ils avaient la charge. Ils devaient à la fois ressentir un certain soulagement de les voir enfin atterrir, avec parfois la satisfaction d'avoir, à leur manière, participé à chaque victoire.
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